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Garder la trace des jours qui passent....

Noter ses réflexions,impressions, réactions aux faits, évènements du quotidien.

Les échanger, les partager, les discuter.

Tout cela est possible aujourd'hui, quelle que soit  l'heure, l'endroit, l'humeur....

C'est pourquoi j'ouvre ce blog aujourd'hui dans l'esprit de notre temps:spontanéité, réactivité,franchise et tolérance dans le débat.

Vous êtes cordialement invité(e) à y participer.

Francis Girault

Mardi 6 mai 2008
SEMAINE 18 (du 28 avril au 3 mai 2008)

1.Mai 2008

On nous rabat les oreilles avec Mai 1968.

Les seuls qui y trouvent quelque intérêt -au premier sens du terme- sont ceux qui depuis 60 ans vendent périodiquement sous forme de livres et d'interviews leurs souvenirs et leurs photos en tentant de maintenir vivant un mythe révolutionnaire qui n'a réussi qu'à accélérer la société de consommation.

Il reste que à cette époque le pays a exprimé un ras le bol certain .
A l'égard de qui et de quoi?

Du chef de l'Etat qui était rattrapé par l'âge et qui ne donnait plus le sentiment- notamment à la population jeune -de lui  préparer un avenir qui l'intéressait.

De la société qui était marquée par la lourdeur de beaucoup de conformismes dont on ne percevait pas ce qui pouvait les faire évoluer.

De la fin des épreuves de la reconstruction d'après-guerre et des conflits de la décolonisation qui ouvrait de nouveaux horizons.

La France se sentait prête économiquement et moralement pour un nouveau bond en avant que ses dirigeants n'ont pas su lui proposer.

Aujourd'hui le contexte est différent. Le pays a compris que l'immobilisme, si il est confortable, est néanmoins mortifère.
Il accepte de bouger et son président, même si il s'est révélé étonnamment maladroit, est animé d'une réelle volonté réformatrice.
Assez curieusement, les freins les plus sérieux, comme l'écrivait récemment de façon fort juste un journaliste, sont l'UMP et l'administration syndiquée.

Le pays est prêt à s'engager sur des thèmes mobilisateurs. Encore faut il lui en donner et la seule perspective de la réforme pour la réforme est insuffisante à cet égard.

Pour la même raison qu'en Mai 68, le pays peut s'enflammer parce que ses dirigeants ne savent pas capter son énergie en lui proposant un projet ambitieux à la hauteur de ses capacités et de ses attentes.

Les bouleversements naissent de l'ennui et du sentiment que l'avenir ressemble trop au présent.


2. On reparle de l'enquête LGV

Les commissaires ont rendu leur rapport.
Déception générale.
Beaucoup ont l'impression que RFF  a tenu la plume très serrée aux rédacteurs tant le rapport est éloigné de la compréhension que verbalement ils ont donné le sentiment de manifester à l'égard des propos que nous avons été nombreux à leur tenir.

Le citoyen ne peut s'empêcher de regarder cette enquête comme un simulacre de concertation . On veut donner le sentiment d'un fonctionnement démocratique exemplaire  qui permet une expression des points de vue honnête et sincère.
En réalité, les décideurs (quelques ingénieurs de RFF) et les non décideurs ( les politiques qui laissent faire) ont bouclé le dossier bien avant l'enquête : on savait dès le début que l'on abandonnerait quelques miettes pour faire comme si on avait entendu.

Ainsi, notre demande de tranchée couverte est devenue un passage en déblai dont les parois sont plus verticales quand on se rapproche du sommet de la tranchée.

Pitoyable! Il y a beaucoup de mépris pour les citoyens derrière tout cela.

Les politiques sont si fermes dans leurs méthodes de gouverner le pays qu'en quelques jours, on a pu assister à trois décisions totalement contradictoires:

1. M.Borloo décide d'enfouir la ligne haute tension en débat depuis 10 ans qui permettra de relier Perpignan à la Catalogne. Coût: supplémentaire :700 millions d'euros. Financeur: non pas EDF qui vendra son courant aux Espagnols mais l'Etat ( c'est à dire le contribuable français) qui prendra le surcoût à sa charge au nom de l'environnement.
2.Abandon du projet de terminal gazier au Verdon qui aurait permis de disposer d'un deuxième point de livraison sur la façade atlantique et aurait favoriser l'industrialisation de territoires qui en sont dépourvues : refus de M.Bussereau, pourtant secrétaire d'Etat aux transports, qui souhaite éviter à sa population de Saint Georges de Didonne située à 5 kms de l'autre côté de la Gironde, la "pollution" visuelle de 2 bacs de 47 mètres de haut ( alors qu'un champ d'éoliennes de même taille ne fait pas frémir grand monde).
3. Massacre dans le Poitou des communes de Marigny-Brizay, Jaunay-Clan, Chasseneuil, Migné-Auxances, Vouneuil sous Biard et Fontaine le Comte par la LGV sous l'oeil impavide des politiques qui n'agissent pas et celui plus impatient des fonctionnaires zélés qui préparent avec candeur (?) les futurs profits des concessionnaires de la ligne .

Trois poids, trois mesures.

Merci le Grenelle de l'Environnement.

Et on se demande pourquoi le citoyen s'estime trahi par ceux en qui il a placé sa confiance?


3. Note de lecture

Un ami m'a prêtè l'ouvrage de M. Raymond Bousquet intitulé "l'atelier de la rue des Filles-de-Dieu". Ed. des Cahiers Bourbonnais

Cet ouvrage relate la vie d'un tailleur de pierre rouennais à l'aube du 16éme siècle, écrit dans la veine des livres de Jean Diwo, avec le même souci de réalisme et d'exactitude historique.

Avec une différence qui se sent au travers des pages: M. Bousquet connaît intimement la matière sur laquelle il écrit puisque d'une part en qualité de tailleur de pierre, il a travaillé sur les mêmes édifices que son héros -Blois, Orléans et Rouen- et d'autre part en tant qu'ancien patron des carrières de Chauvigny et résidant à Jaunay-Clan il  peut parler du site carrier de Lavoux, du château de Pierre d'Amboise à Dissay ou de Bonnivet, premier "château de la Loire" (bien qu'en Poitou) en ce qu'il a été un des premiers à s'inspirer très directement de la Renaissance italienne, ramenée de ses campagnes italiennes par Gouffier, amiral de Bonnivet, compagnon de François Ier.

Le livre, intelligemment illustré de statues et parties d'oeuvres,  se lit avec d'autant plus de plaisir qu'il met en évidence un épisode rarement décrit : les frictions et la compétition entre compagnons français pétris de références gothiques et profondément religieuses et les artisans italiens préférés des commanditaires parce que représentant la  un art nouveau, plus humaniste et dégagé des canons traditionnels.

Là encore, une époque finissait, une autre naissait.

Si tant est que ce n'est pas le mouvement qui fait problème, mais l'incapacité de le voir et de le comprendre.


                                                                   Francis Girault
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Lundi 28 avril 2008

SEMAINE 17 ( du 21 au 28 avril 2008)


 

1.Le monde bouge


Notre pays, qui a du mal à trouver sa place dans le monde, s’attache insuffisamment à observer les mouvements qui continuent en permanence à faire bouger les pays autour de nous. 

Trop auto-centrés sur nos problèmes intérieurs, nous sommes relativement peu présents dans la dynamique mondiale. 

Sauf pour revendiquer une première place, quelquefois bruyamment, et souvent en donneur de leçons . Confère l’épisode chinois qui nous a valu d’être le seul pays à qui la Chine ait reproché son attitude dans l’épisode tibétain, ce qui nous amène aujourd'hui à multiplier les missions à la limite de la dignité pour conserver nos marchés.

Dans la dernière décennie, 4 pays majeurs ont émergé fortement en terme de croissance et de réserves financières : le Brésil, la Chine, l’Inde et la Russie.

Aujourd’hui c’est d’eux que nous attendons le maintien de la croissance pour 2008.

A côté des pays du Golfe, gorgés de pétrodollars en raison du prix du pétrole (on notera incidemment que la Russie et le Brésil sont également des producteurs importants d’hydrocarbures), des tigres du sud-est asiatique (Singapour, Taiwan notamment) , c’est également d’eux que nous attendons les ressources financières pour soutenir le système financier occidental défaillant. 

Le Sud (dans l’image du développement mondial des années 1970, qui curieusement assimilait pays développés avec le Nord et pays « sous-développés » comme on disait avec le Sud), le « Sud » donc est en train de prendre le pas sur le « Nord » : en termes de population depuis longtemps mais désormais également en termes de croissance, de PIB et de ressources financières.

Or,c’est une constante de l’histoire que celui qui détient le pouvoir économique finit par détenir le pouvoir politique . Qu’il le veuille (souvent) ou non (cette sagesse est historiquement rare). 

Les Etats-Unis ont joué un rôle majeur depuis 1917 dans le monde parce que, en raison des dettes contractées à son égard par les pays en guerre en Europe, une partie substantielle des réserves d’or françaises et anglaises se sont retrouvées dans les caves de Fort Knox, conférant au dollar une solidité internationale qui en a fait la première devise de réserve. 

Mais aujourd’hui, le dollar n’est pas tant soutenu par la création de richesse américaine que par les achats massifs de Bons du Trésor US par les pays du " Sud" qui accumulent les réserves. Stratégie habile et intelligente consistant à faire soutenir sa monnaie par les autres. Mais qui a ses limites. 

En effet, la croissance de pays émergents importants en population n’est pas terminée : on cite dans les prochains membres du club, le Mexique, l’Indonésie, l’Argentine, la Turquie, l’Afrique du sud, les Philippines, l’Ukraine et quelques autres ( l’Iran, l’Egypte, la Malaisie, le Nigeria, le Vietnam, la Thaïlande). Ces pays représentent 1 milliard d’habitants. 

Ceci veut dire qu'en 2025, prés de 4 milliards de personnes vivant dans ce que l’on appelait le « Sud » auront atteint ou seront en voie de rattraper notre niveau de vie occidental.

Dans 15 ans, le monde né de 1945 ne sera plus le même du tout: le pôle occidental d’aujourd’hui se verra challenger et donc obliger de partager sur de nombreux points. 

Ne faut-il pas maintenant commencer à s’y préparer et ne plus poser comme postulat que les valeurs occidentales, fort respectables au demeurant, ont vocation à s’imposer de façon universelle.

Que dirions-nous si les chinois avaient la même prétention aujourd’hui à notre endroit ?

Quelle place pour l’Europe dans ce monde sudiste ? et pour la France ?
Autant de questions pour lesquelles nous souhaiterions connaître davantage les vues concrètes de nos politiques

 

2.Ariane Mouchkine

Heureuse surprise d’une soirée passée à écouter parler Ariane Mouchkine à l’occasion de sa venue au centre culturel de l’endroit où je passe mes vacances.

Femme de théâtre jusqu’au plus profond de son être, elle nous a entretenu, film à l’appui, accompagnée de quelques uns des comédiens qui avaient participé à l’aventure, d’une expérience extraordinaire : monter un stage de théâtre avec la troupe du Théâtre du Soleil- installé à la Cartoucherie de Vincennes-, à l’attention d’une trentaine de jeunes afghans, à Kaboul.

Ces jeunes gens, inscrits dans la section « Théâtre » de l’Université de Kaboul, disposaient en tout et pour tout de quatre livres et n’avaient pas le droit de jouer.

De toute façon, le seul théâtre, construit par les Russes, a été détruit et redétruit par les occupants successifs pour des raisons différentes mais avec le même résultat : ce n’est plus qu’une ruine.

Ariane Mouchkine et sa troupe se sont efforcés d’apporter à ces jeunes afghans, dans un mélange franco-anglo-afghan étonnant, une formation théâtrale ramenée à l’essentiel par la nature de l’exercice. Mais visiblement réussie. 

D’ailleurs la troupe afghane est venue en France depuis et effectue actuellement un séjour à la Cartoucherie où elle interprète un Tartuffe ! 

Confession étonnante d’Ariane Mouchkine dont les idées ne sont pas particulièrement pro-américaines : on peut développer la culture à Kaboul grâce à la présence des militaires. Que les soldats partent et la culture disparaîtra avec eux. 

Tant il est vrai que les guerres du XXIème siècle n’ont de sens que si elles apportent les ferments permettant de reconstruire une société.



3. Note de lecture : Napoléon III  (P.Miquel)

 

Retour dans le XIXème siècle qui, à de nombreux égards, pour ceux de ma génération ne parait pas si lointain. 

C’est pourquoi la brutalité des mœurs politiques de l’époque choquent et paraissent aujourd’hui inconcevables : déportations de députés opposants, exécutions sans jugement de manifestants, censure de la presse, trucages des élections, juges soumis au pouvoir…

C’est à cette aune que l’on mesure les progrès réalisés par notre démocratie !

Et en même temps, la nature humaine ne progressant pas à la même vitesse, la vigilance doit demeurée en permanence alerte tant il serait facile de retomber dans de telles mœurs. 

Et pourtant de grandes choses furent réalisées durant cette même époque.

Ce qui tend à démontrer que l’important est d’avancer sans attendre que le système soit parfait ni de savoir nécessairement vers quoi il tend.

 

Puisque cette époque fut imprégnée de l’esprit Saint-Simonien, une observation (légèrement adaptée) de Saint Simon lui même qui donne à méditer : « Certes les politiques sont fort utiles. S’ils mouraient tous en une nuit, l’humanité s’en consolerait. Elle ne pourrait en revanche survivre à la disparition des hommes de santé, des ingénieurs et des producteurs ».

 

Cela rend modeste : mais la remarque vaut tant pour les intéressés que pour ceux qui leur demandent plus qu’ils ne peuvent faire.

 

                                                        

                                                                 Francis Girault

                      

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