SEMAINE 45 ( du 3 au 8 novembre 2008)
Un court voyage sans ordinateur en début de semaine, deux jours très occupés à Paris, une fin de semaine bien remplie en Poitou, le tout pimenté d'une
féroce rhinopharyngite m'ont prévenu de mettre en ligne ma chronique hebdomadaire. Je sollicite le pardon de mes fidèles lecteurs et des autres...sans, pour autant leur promettre que je ne
recommencerais pas.
1.Il tempo fugge
Comme le disaient déjà au XVIIème siècle les compositeurs italiens, inventeurs du recitar cantando, le temps s'enfuit...
C'est ce même sentiment d'une époque qui se termine que j'ai ressenti cette semaine lors d'une de ces soirées d'automne dont Paris a jusqu'alors gardé le goût.
Pour combien de temps encore ?
Le propriétaire d'une marque connue de champagne offrait à ses amis, à ses clients, aux entreprises du secteur du luxe et et même à quelques uns de ses banquiers dont j'ai cru
reconnaître certains, un concert salle Gaveau réservée à l'usage exclusif de ses invités. Le concert avait pour objet de mieux faire connaître une jeune pianiste tchèque (élève brillante du
Conservatoire de Paris). Il était suivi d'un excellent cocktail dînatoire généreusement arrosé dudit champagne.
La concertiste a interprété du Liszt et du Schumann, compositeurs romantiques plutôt tourmentés dont l'un finit moine et l'autre fou. Cette musique correspondait bien à l'atmosphère de cette
soirée qui véhiculait un parfum un peu lourd d'interrogation inquiète. Finis les effluves légères de la réussite assumée, les contentements de soi discrètement exprimés, la tranquille assurance que
ce monde est construit pour durer.
La crise est là, bien là et dans toutes les têtes. Personne n'y échappe et chacun sent qu'elle s'installe pour un temps dont on ne perçoit pas la durée.
Cette forme de mécénat est vraisemblablement vouée à se faire plus rare pour les temps à venir, pas uniquement par restriction économique mais aussi par souci d'adopter une forme de sobriété
sociale.
Le temps s'enfuit...Les générations passent. La nôtre aura été finalement très chanceuse. On va s'en rendre compte.
Cette époque qui s'achève, que l'on appellera " les années surfeuses" ou les "années zappeuses" tant elle donne le sentiment de rebondir d'évènements en évènements, d'oublier aussi vite que
l'on s'est intéressé, de s'agiter plus que de construire, de communiquer plutôt que d'échanger, j'y pensais en lisant un petit livre (bien) écrit par une cousine de ma femme.
Elle fut jeune avant et pendant la guerre. Sa grand'mère perdit son mari pendant la première guerre. Sa mère perdit son mari au début de la seconde guerre mondiale. A vingt ans, elle avait déjà
connu deux veuvages, la perte de son père et des bouleversements considérables dans son existence.
Des millions d'individus de la génération qui nous a précédé ont survécu à ces drames sans les porter pour autant en bandoulière et nous faire reproche de notre légèreté.
Et nous 60 ans plus tard, que faisons nous ? nous jouons à tout va au casino boursier, au monopoly industriel et faisons sauter les banques comme de sales gosses lassés de leurs beaux jouets qui
finissent par les casser par ennui.
Pas de quoi être très fier vis-à-vis de nos aînés !
2. Conseil des sages
Déjeuner semestriel avec les membres du Conseil des sages, toujours aussi curieux de nouvelles et prolifiques en observations précieuses parce que marquées au coin
du bon sens et formulées avec le souci de l'intérêt général.
La participation à un conseil municipal marque profondément ceux et celles qui y consacrent de leur temps et de leurs efforts.
Après ce type d'expérience, on ne voit plus la société dans laquelle on vit, du même oeil . C'est une excellente école de citoyenneté.
Le gouvernement ferait bien de s'en souvenir s'il entreprend de réformer les collectivités territoriales.
Supprimer, pour motif de rationalisation l'échelon local augmentera le nombre d'administrés et éloignera encore plus les "décideurs" des réalités.
3.L'évènement de la semaine, de l'année voire du siècle!
L'élection de Barack Obama. Impossible de ne pas en dire un mot, même si au moins quelqu'un n'a encore jamais entendu parler de lui.
Eh oui, il existe: c'est le correcteur d'orthographe de mon ordinateur qui, à peine avais-je taper ce nom, l'a immédiatement souligné du rouge fustigeur indiquant
que, dans son univers des mots et noms connus, il n'existe pas !
Vanitas vanitatis.
Cela ne va pas durer longtemps, que l'intéressé se rassure.
Trois points m'ont particulièrement marqué dans cette élection:
-cette étonnante capacité des Etats-Unis à se tourner, pour l'action, vers l'avenir.
Dés qu'une étape est franchie, tout le monde, les vainqueurs comme les adversaires encore d'hier ne s'intéressent plus qu'à ce que l'on va faire
demain.
-l'élection vise à chercher le meilleur "leader" et non le meilleur politicien.
Cette notion de leadership est mal connue en France.
Elle se fonde sur l'idée que gérer un pays est chose complexe, d'autant plus quand il s'agit de la première puissance mondiale, investie de responsabilités énormes
au regard du règlement des crises mondiales de toutes sortes.
Un homme, quelles que soient ses qualités individuelles, ne peut prétendre tout savoir et tout faire.
La première qualité d'un leader est de parvenir à composer une équipe de qualité pour s' entourer des meilleurs conseils et déléguer les décisions non
stratégiques.
La seconde qualité est de savoir inspirer cette équipe et faire qu'elle tourne à plein régime parce qu'elle a compris où son patron veut l'emmener.
La troisième qualité est de savoir prendre les décisions vite et bien. La réactivité, l'adéquation de la solution au problème génèrent la confiance et créent
l'adhésion des opinions.
Le reste-communication, relations avec les assemblées d'élus, mise en oeuvre financière-relève davantage de la technique (qu'il faut également
maîtriser).
Mais, sans la qualité de leadership, ces techniques sont impuissantes à entraîner les opinions.
-Obama est le premier président américain qui peut le mieux comprendre le monde.
Fils d'un père kenyan, élevé en partie en Indonésie et à HawaÏ (qui n'est pas tout à fait le Middle-West ni le Deep South, il est porteur d'une expérience très
singulière pour un américain, d'un monde non-américain.
En effet, en matière de culture extérieure, on rencontre habituellement trois types d'américains:
-celui qui ignore tout du reste du monde parce que fondamentalement il ne l'intéresse pas. C'est le plus grand nombre.
-celui, issu des milieux d'origine anglo-saxonne de la côte Est qui traditionnellement viennent se frotter en complément de leur formation, à d'autres cultures,
notamment européennes. En diminution à la fois en nombre et en influence même si le brassage des nationalités dans les universités US, encouragé par de nombreuses initiatives, y supplée
partiellement.
-celui qui, pour les affaires, a séjourné ou voyage beaucoup à l'extérieur des Etats-Unis. Il trouve généralement que nous sommes des gens compliqués qui créent des
problèmes là où il n'y en a pas et qui ne cherchent pas nécessairement à les résoudre. Ils n'ont pas une très haute opinion de nous (même pour ceux, italiens, irlandais, allemands, polonais qui
ont gardé la mémoire de leur origine et qui sur le fond, persistent à penser que ceux qui n'ont pas émigré il y a maintenant plus d'un siècle, n'étaient pas les meilleurs !).
Barack Obama n'appartient à aucune de ces catégories. Profondément américain dans le sens où il reconnaît qu'il n'y a que dans ce pays, qu'un parcours comme le sien
était possible, il n'est pas pour autant enfermé dans une bulle qui lui fait regarder le reste du monde comme une source de problèmes extérieurs qu'il faut bien résoudre, faute d'autres nations
capables de le faire.
On verra: il conjugue la capacité à "fabriquer" de l'avenir, les qualités de leadership et l'approche "intérieure" profondément mondialiste.
Pas mal pour commencer.
Good luck pour lui et pour nous.
Francis Girault