1.Ce que l'on quitte
2008 est fini. Quel souvenir laissera t'il? Celui de l'illusion de la solidité.
Qui aurait dit en début d'année que des banques aussi solidement fondées qu'apparaissaient des Bear Sterns, Lehmann Brothers ou Fortis etc. n'existeraient plus à la
fin de l'année. Que des géants respectés comme UBS, Goldmann Sachs ou Morgan Stanley pour ne pas parler de Citygroup qui dominaient encore il ya quelques mois la finance mondiale panseraient
aujourd'hui des plaies sévères et deviendraient des établissements vulnérables et fragiles.
Et dans l'industrie, on voit des GM ou Chrysler ou encore Fiat, Renault et Peugeot tendre la main vers l'Etat, incapables qu'ils sont de régler seuls leurs
problèmes.
Les grandes constructions des années 80 à vocation mondiale, qu'elles soient financières ou industrielles, se sont effondrées en quelques mois .
Cela rappelle singulièrement les grandes erreurs d'appréciation des années 1935-1938: l'armée française auréolée de sa victoire de 1918, un des meilleures armées au
monde qui faisait peur à Hitler avant Munich. Un Empire français capable de puiser sans limite dans des réserves d'hommes et de richesses incommensurables. Tout ceci a été balayé en une semaine
après le 10 juin 1940.
Pourquoi ces édifices construits pour durer s'écroulent ainsi aussi facilement ? Pour les évènements récents l'analyse forcément complexe est loin d'être faite, ni
même commencée.
Reste le premier élément explicatif: le facteur humain qui fait que les meilleures organisations ne tiennent que par la qualité morale de leurs équipes
dirigeantes. Celles qui sont capables de mettre des limites à une expansion avant qu'elle ne devienne incontrôlable et à une recherche du profit sans borne qui fait oublier la raison d'être
première de ces entreprises qui est de délivrer un service ou de produire un bien, l'un et l'autre de la meilleure qualité possible au meilleur coût.
Bon sens, éthique et prudence demeurent les qualités indispensables pour durer.
C'est ce que certains dirigeants ont fini par oublier.
2.Ce qui nous attend
Si cette leçon n'est pas tirée le risque est grand de voir les Etats à leur tour, pour avoir négligé l'existence de limites qui existent même pour eux,
rencontrer des difficultés du même ordre assorti d'une menace bien plus considérable : derriere eux il n'y a plus personne et aucun système ne pourra suppléer les défaillances des
grands Etats.
Il est grand temps que les décideurs publics s'imprègnent de deux idées qui vont devenir dominantes:
-on ne peut pas vouloir tout faire et tout financer en augmentant à chaque fois les impôts ou l'endettement ou les deux à la fois. Il va falloir faire des CHOIX,
c'est à dire établir des priorités de moyen terme et pour les mener à bien renoncer à un certain nombre de dépenses. Tout et un peu plus que tout chaque année n'est plus un modèle possible
de gestion publique.
-les projets pharaoniques ne sont plus de mise pour un temps: la question doit être sérieusement posée. Faut-il aujourd'hui consacrer 7,5 milliards d'euros ( que l'on n'a pas) pour gagner 45
minutes sur Paris-Bordeaux ( soit 166 millions d'euros la minute en investiisement !) et se bercer de LGV Bordeaux-Toulouse, Bordeaux-Irun ou encore Poitiers-Limoges pour ne parler
que du Sud-Ouest alors que l'on ne parvient pas à financer les derniers 100kms du Paris-Strasbourg ?
Ce qui est vrai au niveau national est bien sûr tout aussi vrai au niveau départemental et local.
Le temps de la modestie et de la gestion au plus près de ce qui est redevenu une denrée rare- l'argent- est arrivé.
L'atterrisage sur la dure réalité est en train de se faire et va sonner la fin de bien des illusions.
3. Du volontarisme et de ses limites
Le président de la République vient d'apporter une nouvelle fois l'exemple de ce que la volonté et l'énergie d'un homme peut déplacer les lignes, en faisant évoluer
la question du Moyen-Orient.
C'est la démonstration -un peu oubliée depuis un certain nombre d'années- que même les problèmes les plus complexes peuvent évoluer si tant est que certains hommes
d'Etat ont la détermination et le pouvoir de conviction pour le vouloir.
C'est une bonne nouvelle et un signe positif: les gouvernants assument le risque d'un leadership sans attendre que le pourrissement de la situation ou la rue
finissent par décider pour eux.
C'est une bonne cause que de vouloir mettre un terme à des conflits qui coûtent tous les jours des vies humaines et fait payer un prix énorme aux plus
vulnérables.
Mais c'est encore mieux de consacrer l'essentiel de cette volonté à remettre en route notre économie défaillante...question bien plus difficile.
En effet, il ne s'agit pas d'en appeler au sens de la responsabilité et de leurs intérêts politiques les dirigeants du Moyen Orient perdus dans des calculs à tant
de dimensions que plus personne ne comprend plus les enjeux.
Remettre notre économie en route, c'est redonner le goût d'entreprendre à des millions d'acteurs aujourd'hui déboussolés.
Peu d'hommes politiques y sont parvenus (la référence étant Franklin Delano Roosevelt).
Voila un beau défi pour notre président, qui répondrait ainsi davantage à l'attente de ses concitoyens, ceux-ci n'étant pas disposés à se satisfaire de succès sur
la scène internationale en compensation d'une situation intérieure qui se dégrade quotidiennement.
Francis Girault