Mardi 6 mai 2008
SEMAINE 18 (du 28 avril au 3 mai 2008)

1.Mai 2008

On nous rabat les oreilles avec Mai 1968.

Les seuls qui y trouvent quelque intérêt -au premier sens du terme- sont ceux qui depuis 60 ans vendent périodiquement sous forme de livres et d'interviews leurs souvenirs et leurs photos en tentant de maintenir vivant un mythe révolutionnaire qui n'a réussi qu'à accélérer la société de consommation.

Il reste que à cette époque le pays a exprimé un ras le bol certain .
A l'égard de qui et de quoi?

Du chef de l'Etat qui était rattrapé par l'âge et qui ne donnait plus le sentiment- notamment à la population jeune -de lui  préparer un avenir qui l'intéressait.

De la société qui était marquée par la lourdeur de beaucoup de conformismes dont on ne percevait pas ce qui pouvait les faire évoluer.

De la fin des épreuves de la reconstruction d'après-guerre et des conflits de la décolonisation qui ouvrait de nouveaux horizons.

La France se sentait prête économiquement et moralement pour un nouveau bond en avant que ses dirigeants n'ont pas su lui proposer.

Aujourd'hui le contexte est différent. Le pays a compris que l'immobilisme, si il est confortable, est néanmoins mortifère.
Il accepte de bouger et son président, même si il s'est révélé étonnamment maladroit, est animé d'une réelle volonté réformatrice.
Assez curieusement, les freins les plus sérieux, comme l'écrivait récemment de façon fort juste un journaliste, sont l'UMP et l'administration syndiquée.

Le pays est prêt à s'engager sur des thèmes mobilisateurs. Encore faut il lui en donner et la seule perspective de la réforme pour la réforme est insuffisante à cet égard.

Pour la même raison qu'en Mai 68, le pays peut s'enflammer parce que ses dirigeants ne savent pas capter son énergie en lui proposant un projet ambitieux à la hauteur de ses capacités et de ses attentes.

Les bouleversements naissent de l'ennui et du sentiment que l'avenir ressemble trop au présent.


2. On reparle de l'enquête LGV

Les commissaires ont rendu leur rapport.
Déception générale.
Beaucoup ont l'impression que RFF  a tenu la plume très serrée aux rédacteurs tant le rapport est éloigné de la compréhension que verbalement ils ont donné le sentiment de manifester à l'égard des propos que nous avons été nombreux à leur tenir.

Le citoyen ne peut s'empêcher de regarder cette enquête comme un simulacre de concertation . On veut donner le sentiment d'un fonctionnement démocratique exemplaire  qui permet une expression des points de vue honnête et sincère.
En réalité, les décideurs (quelques ingénieurs de RFF) et les non décideurs ( les politiques qui laissent faire) ont bouclé le dossier bien avant l'enquête : on savait dès le début que l'on abandonnerait quelques miettes pour faire comme si on avait entendu.

Ainsi, notre demande de tranchée couverte est devenue un passage en déblai dont les parois sont plus verticales quand on se rapproche du sommet de la tranchée.

Pitoyable! Il y a beaucoup de mépris pour les citoyens derrière tout cela.

Les politiques sont si fermes dans leurs méthodes de gouverner le pays qu'en quelques jours, on a pu assister à trois décisions totalement contradictoires:

1. M.Borloo décide d'enfouir la ligne haute tension en débat depuis 10 ans qui permettra de relier Perpignan à la Catalogne. Coût: supplémentaire :700 millions d'euros. Financeur: non pas EDF qui vendra son courant aux Espagnols mais l'Etat ( c'est à dire le contribuable français) qui prendra le surcoût à sa charge au nom de l'environnement.
2.Abandon du projet de terminal gazier au Verdon qui aurait permis de disposer d'un deuxième point de livraison sur la façade atlantique et aurait favoriser l'industrialisation de territoires qui en sont dépourvues : refus de M.Bussereau, pourtant secrétaire d'Etat aux transports, qui souhaite éviter à sa population de Saint Georges de Didonne située à 5 kms de l'autre côté de la Gironde, la "pollution" visuelle de 2 bacs de 47 mètres de haut ( alors qu'un champ d'éoliennes de même taille ne fait pas frémir grand monde).
3. Massacre dans le Poitou des communes de Marigny-Brizay, Jaunay-Clan, Chasseneuil, Migné-Auxances, Vouneuil sous Biard et Fontaine le Comte par la LGV sous l'oeil impavide des politiques qui n'agissent pas et celui plus impatient des fonctionnaires zélés qui préparent avec candeur (?) les futurs profits des concessionnaires de la ligne .

Trois poids, trois mesures.

Merci le Grenelle de l'Environnement.

Et on se demande pourquoi le citoyen s'estime trahi par ceux en qui il a placé sa confiance?


3. Note de lecture

Un ami m'a prêtè l'ouvrage de M. Raymond Bousquet intitulé "l'atelier de la rue des Filles-de-Dieu". Ed. des Cahiers Bourbonnais

Cet ouvrage relate la vie d'un tailleur de pierre rouennais à l'aube du 16éme siècle, écrit dans la veine des livres de Jean Diwo, avec le même souci de réalisme et d'exactitude historique.

Avec une différence qui se sent au travers des pages: M. Bousquet connaît intimement la matière sur laquelle il écrit puisque d'une part en qualité de tailleur de pierre, il a travaillé sur les mêmes édifices que son héros -Blois, Orléans et Rouen- et d'autre part en tant qu'ancien patron des carrières de Chauvigny et résidant à Jaunay-Clan il  peut parler du site carrier de Lavoux, du château de Pierre d'Amboise à Dissay ou de Bonnivet, premier "château de la Loire" (bien qu'en Poitou) en ce qu'il a été un des premiers à s'inspirer très directement de la Renaissance italienne, ramenée de ses campagnes italiennes par Gouffier, amiral de Bonnivet, compagnon de François Ier.

Le livre, intelligemment illustré de statues et parties d'oeuvres,  se lit avec d'autant plus de plaisir qu'il met en évidence un épisode rarement décrit : les frictions et la compétition entre compagnons français pétris de références gothiques et profondément religieuses et les artisans italiens préférés des commanditaires parce que représentant la  un art nouveau, plus humaniste et dégagé des canons traditionnels.

Là encore, une époque finissait, une autre naissait.

Si tant est que ce n'est pas le mouvement qui fait problème, mais l'incapacité de le voir et de le comprendre.


                                                                   Francis Girault
par GIRAULT Francis publié dans : francis.girault
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