Nous sommes en pleine mondialisation et Washington est notre nouvelle capitale.
Le monde, à juste titre, a, aujourd'hui, les yeux braqués sur l'investiture d'Obama.
Sans rancune pour la crise dans laquelle les excès des banques américaines nous ont entraîné, nous attendons tout du nouveau président des Etats-Unis.
Nous sommes conscients que chaque pays pris individuellement est incapable, seul, de sortir de la crise. Nous sommes conscients que l'Europe, si elle a repris un peu de couleurs, est encore trop un
chantier (et encore pour plusieurs décennies) pour avoir la réactivité nécessaire et peser sur les évènements.
Reste un pays - les Etats-Unis- qui, par sa confiance inébranlable en l'avenir, par sa capacité à prendre des décisions difficiles à dimension mondiale, par ses moyens d'action peut faire quelque
chose pour lui d'abord, mais comme on l'a souvent vu, avec des conséquences pour nous.
Cela ne veut pas dire que nous sommes condamnés à être des spectateurs. Nous pouvons apporter une contribution en idées et propositions.
Mais, ne nous leurrons pas, elles n'intéresseront les américains que dans la mesure où elles serviront leur redressement.
Le gouvernement mondial s'organise aujourd'hui autour et pour les Etats-Unis.
C'est pourquoi, tant d'espoirs sont placés aujourd'hui sur Obama.
2. Quelle place pour la France?
La France, dans le contexte mondial à leadership américain renforcé qui va émerger de la crise, doit redéfinir son projet pour elle-même.
Nous devons abandonner nos rêves de grandeur et d'influence. Nous sommes un pays de 60 millions d'habitants dans un monde peuplé aujourd'hui de 6 milliards d'individus, demain de 9 milliards.
Nous n'avons pas les moyens de tout faire et d'être partout. Nous devons donc nous concentrer sur un certain nombre d'objectifs soigneusement choisis et avoir l'ambition de devenir les meilleurs
mondiaux dans ces domaines.
Les moyens étant de plus en plus rares, nous ne pouvons les saupoudrer et encore moins les gaspiller.
Choisir est difficile et périlleux. Mais l'époque va nous obliger à opérer ces choix: tant au niveau national qu'au niveau local. C'est le prix à payer pour notre survie et l'avenir de nos
enfants.
On n'en parle pas beaucoup et c'est bien dommage. Car sortir de la crise, c'est d'abord redonner des perspectives et fédérer les énergies.
Notre gouvernement est bien silencieux sur ce terrain. Ce n'est pas la réforme du juge d'instruction, la suppression de la publicité sur les chaînes publiques ou la demande publique faite à nos
glorieux banquiers de ne pas se verser cette année, catastrophique pour leurs clients, des bonus trop visibles qui préparent l'opinion à un nouvel avenir. Je l'ai dit à toutes les cérémonies de
voeux où j'ai été convié à prendre la parole : la sortie de crise ne nous ramènera pas à hier. Il vaut donc mieux choisir l'avenir que l'on souhaite plutôt que de le subir.
Faute d'un discours anticipateur, à la hauteur et véritablement mobilisateur, les propos de notre président risque d'apparaître pâlichons à côté de ceux que va tenir dans les mois qui viennent un
Obama en plein état de grâce.
Et pourtant c'est bien ce que nous attendons de nos dirigeants: un projet réaliste pour notre pays qui éclaire le moyen terme et donne du sens aux efforts que ce pays à toujours su consentir quand
il sait où il va. 3.Moroses contemplations
Deux émissions récentes de télévision, l'une sur le Sénat (je n'ai vu que cette partie de l'émission de Capital), l'autre sur l'Ena ( je ne l'ai pas
vue mais j'en ai entendu abondamment parlé).
L'une et l'autre, caricaturales par certains aspects, mettent en évidence des traits justes: l'indécent "confort"sur fonds publicsdont peuvent bénéficier certains élus nationaux et
l'ambition démesurée de certaines élites qui considèrent que le pouvoir leur est un dû.
Ce n'est, bien sûr, pas par hasard si ces sujets sortent maintenant : à la fois contemplation nostalgique de ce que fut pour les premiers, le meilleur club du pays, consécration des ambitions
bourgeoises provinciales, et regard envieux porté sur le creuset de notre aristocratie républicaine. Succès garanti dans l'un et l'autre cas.
Et après ? Rien. Comme souvent, chez nous, la dénonciation se suffit à elle-même.
Le Parlement continuera à compenser ses frustrations de pouvoir par des accommodements matériels qui soignent egos et portefeuilles. L'Ena produira tous les ans son contingent de jeunes
intelligences déconnectées dés le départ de la réalité, pressées d'appartenir au petit cercle qui exerce réellement le pouvoir.
Ce n'est malheureusement, ni de l'une ni de l'autre institutions que viendra la sortie de crise et le projet dont notre pays a tant besoin.