Mardi 21 août 2007

Miscellanée d'été (suite)

Le temps particulièrement maussade de la semaine a donné, à la lecture et aux  conversations, un nombre d'heures particulièrement abondant au détriment de la navigation et des loisirs estivaux.

En voici quelques fraîches (sinon humides) retombées.

1.Craquements et mini-crack

 Toute la presse de la semaine a retenti de la baisse soudaine des bourses mondiales et des interrogations qu’elle suscite

On peut en effet se poser au moins trois questions :

              
- Pourquoi maintenant ?

- Pourquoi en Europe ?

- Quelles suites à en attendre 

 

Pourquoi maintenant ?

L’origine de la crise est identifiée comme provenant des difficultés de remboursement des crédits subprimes- crédits hypothécaires à risque- apparues aux Etats-Unis au début de cette année. Ces difficultés sont donc connues depuis au moins 8 mois et la spirale baisse de l’immobilier-défaut de remboursement est enclenchée au vu et au su de tous les opérateurs sur les marchés ( qui n’ont cessé d’exercer leur vigilance -il n’y a que pour la France que le monde s’arrête de tourner au mois d’août).

On sait que toute période de croissance et de confiance trouve son terme à un moment donné. Certains opérateurs, plus perspicaces ou plus réalistes, au bout d’un certain nombre de mois de croissance, estiment que le poids des mauvaises nouvelles va commencer à effriter la confiance.
Ils commencent à privilégier les scénarios de baisse. La confiance s’érode, les questions apparaissent de plus en plus sans réponse, les mauvaises nouvelles apparaissent de plus en plus mauvaises et le mécanisme ventes-baisse s’amorce.

C’est ce qui s’est passé en ce mois d’août, le mini-crack reflétant une accumulation progressive de facteurs négatifs dont les subprimes ont été l’aliment premier sans constituer la seule explication. On peut considérer comme tout aussi problématiques les tensions des relations US-Chine, les taux de croissance du deuxième trimestre moins élevés que les attentes aux Etats-Unis comme en Europe,  les remontées des taux d’intérêts et l’apparition des fonds souverains.

Pourquoi l’Europe ?

C’est le résultat de la mondialisation qui, dans la sphère financière est encore plus achevée que dans les autres activités économiques. Même si les banques et assurances  françaises se sont défendues de conserver en quantité significative dans leur portefeuille des titres représentant des crédits subprimes, force leur a été de reconnaître que certains de leurs fonds n’étaient plus liquides.Au moins, deux banques allemandes connaissent à ce jour de graves difficultés pour la même raison.

La méfiance s’accroissant, les financements interbanques deviennent plus difficiles et se profile une crise de liquidités qui à son tour, suscite l’intervention des banques centrales.

Comme souvent une crise permet de comprendre des mécanismes nouveaux ou jusqu’alors sous-estimés. Il apparaît aujourd’hui que la sophistication des instruments financiers permet de disperser le risque initial ( les ménages emprunteurs US) dans des mains nombreuses et internationales. Le processus devrait être plutôt bénéfique puisqu’il revient à diviser un risque qui serait majeur s’il restait concentré sur quelques établissements (on parle de 150 milliards de $) en une infinité de risques mineurs, une fois relogé dans de nombreux portefeuilles (jusques et à y compris privés par le biais des fonds « dynamiques »).Le problème est qu’aujourd’hui plus personne ne sait précisément où sont ces risques et qui sont ceux qui paieront en final la note. D’où la vitesse avec laquelle tout un chacun a essayé de se transmettre le mistigri .

Les conséquences.

Il est encore trop tôt pour tirer toutes les conséquences.

A priori une mini-crise dans la sphère financière (que s’emploient à enrayer efficacement les banques centrales dont la Fed qui a envoyé un signal fort en baissant un de ces taux directeurs) peut n’avoir qu’une incidence faible sur les autres activités économiques.

Sauf si la baisse des patrimoines financiers rétroagit sur la consommation (notamment aux Etats-Unis) et si la remontée des taux (toujours à l’ordre du jour d’une BCE plus dogmatique que pragmatique) et la baisse de la confiance pèsent sur les investissements.

Alors on peut connaître 12 à 18 mois de croissance molle, les Etats-Unis, qu’on l’apprécie ou non restant le moteur économique essentiel et la référence en matière de tendance boursière.

Trois remarques complémentaires :

- L’Europe, comme on l’a encore constaté, malgré l’importance de son marché, reste un « second couteau » en matière de poids et d’influence économique. Beaucoup de chemin reste à faire pour que économiquement l’Europe puisse faire jeu égal avec les EU.

- La Chine commence à connaître le « coût » de la qualité : les retours de  20 millions de jouets demandés par Mattel, l’affaire du dentifrice glycolé et autres déconvenues sur des produits « grand public » vont dans le sens soit d’un moindre recours des donneurs d’ordre occidentaux aux industriels chinois, soit d’une augmentation des procédures de contrôle dans les processus de fabrication de ces derniers. Dans les deux cas, c’est le prix final des produits qui sera impacté et le mythe du réservoir sans fond des pays à bas coût, singulièrement écorné.

- Le besoin de transparence sur les transferts de risque en matière financière est une des leçons que l’on peut d’ores et déjà tirer de la crise actuelle. La rentabilité sans acceptation d’un risque concomitant, n’existe pas durablement. On peut s’écarter pendant quelque temps de la courbe qui unit indissolublement rentabilité et risque, mais jamais bien longtemps.

Il faut, en définitive, que le risque soit assumé.

(On s’étonnera que des banques françaises, férocement rigoureuse en matière de crédit à l’égard de nos nationaux, acceptent de prendre dans leur portefeuille des titres représentant des crédits à bien plus haut risque accordés à des ménages américains qui ne seront, au surplus, jamais leurs clients !)

 

2. Prémices de rentrée sociale

Trois conférences Etat-syndicats-Medef sont d’ores et déjà prévues pour la rentrée : égalité professionnelle hommes-femmes, conditions de travail et emploi, pouvoir d’achat.

Ces conférences ne sont pas décisionnaires mais doivent permettre de recueillir les divers avis et préparer les décisions. 

Une seconde initiative est lancée sur le contrat unique .Sur le mode de la lettre de mission décidément très en vogue, le premier ministre a demandé aux partenaires sociaux, par un document d’orientation sur la modernisation du marché du travail et la sécurisation des parcours de travail, de réfléchir d’ici à la fin de l’année à la rénovation dans notre droit, du contrat de travail.

La tâche est ambitieuse mais indispensable à l’aggiornamento de notre économie. 

Quant à la question, tout aussi fondamentale de la représentativité syndicale, elle sera abordée en 2008.

L’intérêt de la méthode consiste d’une part à poser les problèmes et d’autre part à en appeler à la négociation pour les résoudre. Encore faut-il que chaque partie mobilise la même volonté d’aboutir. Et comme le soulignait M.Noblecourt dans un récent article du Monde, élaborer un programme commun de propositions est plus difficile pour les syndicats que d’appeler ensemble à la grève.

Il est en effet souhaitable que la priorité à la négociation devienne la règle normale de comportement dans la relation sociale.

Pour mesurer l’archaïsme du dialogue social à la française, il suffit de constater qu’un tribunal allemand vient de rejeter en référé le préavis de grève du personnel de la Deutsche Bahn, déposé par un syndicat au motif qu’il était irrecevable au regard des dommages qu’une telle grève pourrait causer à l’ensemble de l’économie allemande.

D’où il ressort qu’outre-Rhin on cherche et on parvient à mettre des priorités dans les différents problèmes qui relèvent de l’intérêt général.

Et pendant ce temps, la négociation portant sur rien de moins qu’une augmentation salariale de 36% continue via un médiateur. Il est vrai que la Deutsche Bahn est en voie avancée de privatisation

Pourquoi pas chez nous ?

 

 

3.Les institutions : dépoussiérage ou révision ?

J’ai reçu communication de la lettre adressée par le Président de la République au président du comité chargé de proposer des idées de modernisation et de rééquilibrage de nos institutions, M.Balladur.

Le procédé des lettres de mission est habituel dans le fonctionnement de l’Etat. Notons, incidemment, qu’il a été étendu aux ministres puisque au moins huit d’entre eux ont reçu une lettre leur fixant des objectifs et un calendrier précis. La démarche, usuelle dans le secteur privé, est à ma connaissance pour la première fois appliquée à l’exécutif public au niveau gouvernemental.

La méthode a le mérite de séparer clairement les responsabilités du Président de la République qui fixe les buts à atteindre et celles des ministres qui sont d’abord les exécutants de la politique ainsi arrêtée . Si on le veut, la précision du texte permettra dans un an de vérifier aisément la conformité plus ou moins proche des résultats avec les objectifs visés.

Les axes de réflexion énoncés dans la lettre adressée à M.Balladur sont les suivants :

-         redéfinir les relations entre les membres de l’exécutif , c.a.d. entre Président et Premier ministre, étant posé que de facto le Président de la République est le chef de l’exécutif mais non responsable devant le Parlement.

-         logiquement la réflexion doit également s’étendre aux relations entre l’exécutif et le Parlement, notamment les conditions dans lesquelles le Président peut venir exposer sa politique devant le Parlement .De même est reconnue la nécessité de soumettre à contrôle le budget de la présidence.

-         quelles limites poser aux pouvoirs du Président, notamment en termes de nombre de mandats et de nominations

-de quels pouvoirs nouveaux  doit disposer le Parlement face à l’exécutif en termes de maîtrise de l’ordre du jour, de commissions permanentes , de contrôle sur l’administration et les comptes et quelles parts doivent lui être réservées dans l’élaboration des politiques en matière de défense et des affaires européennes et internationales.

-         quel statut pour l’opposition ?

-redéfinir la place de la justice, examiner l’opportunité de reconnaître dans la constitution l’existence d ‘un véritable pouvoir judiciaire, étudier la création  du poste de procureur général de la nation chargé de concilier l’application cohérente de la politique pénale avec la garantie de totale indépendance du juge par rapport au politique dans l’appréciation des cas qu’il a à connaître, réviser l’exercice du droit de grâce et enfin bannir la dénonciation anonyme des moyens permettant de déclencher une poursuite, de quelque nature qu’elle soit.

- comment permettre un recours plus aisé des citoyens pour apprécier la constitutionalité des lois-diverses réflexions doivent également être engagées sur  la modernisation du Conseil Economique et Social, la représentation des français à l’étranger,  le mode de scrutin en étudiant l’introduction d’une dose de proportionnelle dans le même temps où le découpage des circonscriptions sera réétudié, conformément à la demande du Conseil Constitutionnel, le principe de sécurité juridique qui doit présider davantage au travail d’élaboration des lois , dans leur nombre, dans leur stabilité, dans la distinction plus rigoureuse entre loi et règlement, dans le calendrier de publication des textes d’application qui doivent les accompagner.

Ouf !Le menu est particulièrement dense et le délai extraordinairement court : 1er novembre 2007 !

Même si nombre de ces thèmes ont déjà fait l’objet de réflexions, faut-il encore que le comité les transforme en propositions d’actions et se mette d’accord sur celles-ci, eu égard à sa composition.

La démarche est audacieuse.



R
endez- vous à fin octobre.



Bonnes fins de vacances pour celles et ceux qui en bénéficient encore et bonne rentrée pour celles et ceux qui ont repris le travail.



Francis Girault

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par GIRAULT Francis publié dans : francis.girault
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